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INTERVENTION DE LA SOCIETE CIVILE DEVANT LE CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES

« Nous plaidons pour que la situation des femmes et des filles de la région des Grands Lacs reste une des priorités du Conseil de Sécurité des Nations Unies. »

Mme Joséphine Malimukono présidente de la @cocafemgl devant le conseil de securité des nations unies.

Monsieur le Président,

Distingué(es) Membres du Conseil,

Plaidoyer de cocafem/gl devant le conseil de sécurité des nations unies le 17 octobre 2023

Merci pour l’opportunité qui est offerte à la Société civile, de s’exprimer sur la situation dans la région des Grands Lacs et sur les questions qui lui sont chères. Ainsi, j’ai le plaisir et l’honneur de représenter les femmes du Burundi, de la République Démocratique du Congo et du Rwanda.

La Concertation des Collectifs des Associations Féminines de la région des Grands Lacs (COCAFEM/GL en sigle) que j’ai l’honneur de représenter aujourd’hui est un réseau regroupant 11 collectifs de femmes du Burundi, de la RDC et du Rwanda (regroupant 1861 associations à la base), et dont l’alliance s’étend à d’autres pays de la région.

Comme vous le savez, depuis plus de deux décennies, la région des Grands Lacs connaît des crises et des mouvements de populations entre les pays, particulièrement entre le Burundi, la RD Congo, le Rwanda et leurs voisins respectifs. La forte militarisation et les conflits récurrents de cette région menacent sa stabilité et entraînent des conséquences sévères en termes de dégradation de la cohésion sociale et de protection des civils, des femmes, enfants, personnes handicapées et âgées en particulier.

Les impacts des crises à répétition sur les femmes et les filles sont multiples. En effet, les déplacements de populations perturbent le parcours éducatif des enfants tant au cycle primaire que secondaire, et les filles sont deux fois plus susceptibles que les garçons d’être exclues de l’école dans les zones de conflit. De ce fait, la situation de conflit dans la région des Grands Lacs amplifie les inégalités entre les femmes et les hommes.

Un grand nombre d’enfants se trouvent actuellement dans des situations difficiles. En fin août 2023 nos équipes de Goma avaient recensé environ 27.441 enfants déplacés dont 15.158 filles et 12.283 garçons, 250 enfants en situation de handicap dont 148 filles et 102 garçons, 210 enfants chefs de ménages dont 150 filles et 60 garçons et 71 mères adolescentes.

Trois (3) problèmes majeurs se dégagent du contexte sécuritaire précaire que connait la region. Il s’agit notamment de :

  • La faible cohésion des communautés transnationales ;
  • La faible protection des femmes et des filles contre les VSBG ;
  • Les espaces politiques et de dialogue restreints aux voix des femmes.

Le rôle des organisations de la Société Civile devient, dès lors, crucial et devrait être fortement renforcé pour :

  1. Constituer de véritables ponts entre les communautés et les gouvernements, mais aussi créer des espaces de redevabilité et de dialogue entre ces derniers ;
  2. Sensibiliser les communautés à la culture de la paix, la tolérance et la non-violence ; et
  3. Mobiliser à la base les citoyens en tant que titulaires des droits.

Monsieur le Président,

Distingué(es) Membres du Conseil,

Pour conclure, la COCAFEM/GL et ses alliés de la région voudraient saisir cette opportunité pour reconnaitre, les efforts déployés par les États de la région sous l’accompagnement des garants de l’Accord-Cadre pour la pacification de la Région des Grands Lacs. Cependant, les mouvements des femmes émettent le souhait d`être plus impliqués pour participer activement dans les cadres de concertation et d’échanges de haut niveau visant a asseoir la paix et la sécurité durables. Nous demandons pour ce faire ;

  • La tenue d’une session spéciale sur la situation des Grands Lacs à laquelle nous pourrons en tant que femmes, présenter notre agenda pour la paix et la sécurité ;
  • Le renforcement des groupes marginalisés (femmes, jeunes, handicapés …) à travers des projets transfrontaliers financés par les partenaires pour mieux contribuer au dialogue et au processus de pacification, de résolution des conflits et de consolidation de la paix ;
  • Une participation égale, directe et influente de la société civile, des jeunes et des femmes, des personnes handicapées de la Région au sein de tous les processus de paix soutenus par les Nations Unies et les partenaires internationaux ;
  • L’appui aux initiatives locales et/ou communautaires de consolidation de la paix basées sur les besoins sensibles au genre, conformément au programme d`action Femmes Paix et Sécurité dans la région des Grands Lacs ;
  • L’appui aux initiatives de réponse aux urgences humanitaires en faveur des femmes déplacées suite notamment aux conflits au Nord Kivu ;
  • L’appui de la mise en place d’un mécanisme régionale pour l’implication des femmes dans l’exploitation minier et dans l’entrepreneuriat des femmes y compris le commerce intracommunautaire et transfrontalier ;
  • La Promotion et institutionnalisation de l’approche psychosocial communautaire dans la recherche de la paix et la sécurité et la prévention des conflits et la lutte contre les VSBG.

Dans le souci d’améliorer la protection des femmes et des enfants en situation de déplacements face aux abus et violences au sein des camps et familles d’accueil, mais aussi d’assurer leur droit à l’éducation, nous recommandons :

  • Le renforcement des dispositifs de lutte contre toutes les formes de VSBG par l’arrestation et traduction en justice des acteurs et à travers une application stricte des lois en vigueur ;
  • La réhabilitation des infrastructures et équipements scolaires en destructions et la mise en place de mécanismes d’intégration facile et sécurisé des enfants filles et garçons dans les structures scolaires des communautés hôtes.

Monsieur le Président,

Distingué(es) Membres du Conseil,

Au regard du contexte global à plusieurs défis que connait le monde, nous plaidons pour que la situation des femmes et des filles de la région des Grands Lacs reste une des priorités du Conseil de Sécurité des Nations Unies. C’est en ces termes que la COCAFEM/GL essaie de parler en une seule voix, en espérant que notre plaidoyer sera entendu comme une seule voix !

Je voudrais pour terminer, apprécier la coopération avec le Bureau de l’Envoyé Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la Région des Grands Lacs et la CIRGL pour leur accompagnement. Notre gratitude à l’endroit des Ambassadeurs Huang Xia et Joao Caholo pour leur soutien continu à la COCAFEM/GL, mais également à l’endroit de l’Envoyée spéciale de l’Union Africaine pour les Femmes la paix et la sécurité et les autres femmes leaders de la RDC et de la Région qui continuent de mener un plaidoyer haut et fort pour l’inclusion et la protection des femmes de la région.

Je vous remercie pour votre aimable attention.

Joséphine Malimukono

Présidente de la COCAFEM/GL

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