#Ubaha : des réalités qui font froid dans le dos

#Ubaha : des réalités qui font froid dans le dos

Par Carole Bigirimana le 2 septembre 2020

1001 mineurs victimes de viols au cours de l’année 2019 ont été accueillis au centre Seruka, un chiffre à vous glacer le sang, et qui devrait nous pousser à réfléchir sur l’ampleur du viol et des différentes formes de violences sexuelles basées sur le genre.

Par un long après-midi ensoleillé, dans la salle d’attente du centre Seruka, le silence s’entrecoupe par les conversations des femmes et les chuchotements des enfants qui essayent de s’occuper comme ils peuvent. Des bribes de conversations me parviennent aux oreilles. Plus le temps passe, plus les conversations deviennent claires. Les mères accompagnées de leurs petites filles se questionnent les unes les autres sur comment l’annonce de l’inimaginable leur est tombée dessus, comment elles ont appris que leurs petites filles à peine âgées de 7 ans avaient été violées.

En quelques chiffres

Ce qu’ont subi ces petites filles est malheureusement arrivé à bien d’autres de leur âge. Au cours de 2019, le centre Seruka a accueilli 1001 victimes de viol âgées de moins de 18 ans et 366 chez les plus de 18 ans ainsi que 108 victimes de violences basées sur le genre (VBGs). Le centre Nturengaho, quant à lui a pris en charge 192 cas de viol, 472 VBGs sur mineurs et 1156 VBGs chez les adultes incluant un total de 6 mariages forcés, 3 agressions sexuelles et différentes formes de violences entre autres physiques et psychologiques.

En s’en tenant à la définition, les violences sexuelles sont définies comme étant un acte, une tentative, un commentaire ou une avance à caractère physique avec ou sans contact physique commis par un individu sans le consentement de la personne visée, ou dans certains cas notamment ceux des enfants, une manipulation affective ou un chantage.

Le viol est tout acte à caractère sexuel, de quelque nature qu’il soit et de quelque moyen que ce soit, commis par une personne sur une autre non consentante.

Victimes à plusieurs reprises

Une victime de VSBG subit rarement une seule forme de violences. Celles accueillies l’année passée au centre Nturengaho ont subi en moyenne 2 types de VBGs. Comme le confie le coordinateur national du centre Nturengaho, les femmes et les hommes que le centre prend en charge ont subi des violences qui vont du viol aux violences économiques, spoliation de biens, déni d’opportunité et bien d’autres.

Même son de cloche du côté du centre Seruka. Le médecin du centre a constaté que la victime décide de faire recours au centre suite à une violence physique, sexuelle donc une preuve tangible. Le récit rapporté par contre fait état de violences antérieures passées longtemps sous silence par la victime : des insultes, injures qui ont été remplacérs par une gifle puis plusieurs coups jusqu’au geste de trop comme une blessure ou un viol conjugal. Les victimes mineures, elles, viennent au centre suite à un viol par un membre de l’entourage, de la famille ou un domestique de maison.

Ces deux rencontres me laissent pensive. Quel serait l’impact sur la prise en charge des victimes si ces centres recouvraient tout le territoire national et non juste quelques provinces ? Quels changements se produiraient si les victimes osaient demander de l’aide dès la première violence psychologique ou au premier signe de harcèlement sexuel ?

Cet article s’inscrit dans le cadre d’une campagne de communication sur les VSBG, exécutée par une alliance de 19 organisations de la société civile burundaise, dont l’Association Nturengaho,l’ Association Burundaise des Femmes Journalistes (A.F.JO.), l’Association des Femmes Juristes du Burundi, l’Association des Femmes Rapatriées du Burundi, l’Association des Juristes Catholiques du Burundi, l’Association Dushirehamwe, Care International au Burundi, le Collectif des Associations et ONG Féminines du Burundi (CAFOB), le Forum National des Femmes (FNF), l’Initiative Seruka pour les victimes de Viol (I.S.V), la Plateforme des intervenants en psychosocial et Santé Mentale (PPSM), Population Media Center (PMC) Burundi, le Réseau Femmes et Paix (RFP), l’Association de Jeunes Burundais pour le Développement Inclusif AJEBUDI, Burundi Acohol Policy Alliance (BAPA), le Centre Neuropsychiatrique de Kamenge (CNPK), la Coalition des Hommes contre les Violences Faites aux Femmes (CHOVIFE) et le Ministère Paix et Réconciliation Sous la Croix (MIPAREC), Concentration des Collectifs et Associations Féminines des Grands Lacs (COCAFEM/GL); avec le soutien de la Coopération suisse.

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