#Ubaha : Silence, elles TUENT !

#Ubaha : Silence, elles TUENT !

Par Bella Lucia Nininahazwe le 31 août 2020

On les nomme souvent, mais sans vraiment les connaître. Pourtant, chaque année, elles ruinent la vie des milliers de personnes, de familles, et même freinent le développement de toute la communauté. Les Violences Sexuelles Basées sur le Genre sont un mal qui ronge notre société. Insidieusement, elles ne cessent de faire des victimes. 

Il se passe des choses terribles. Dans nos familles, au bureau, dans nos quartiers, des fillettes sont violées, tuées et laissées au bord de la route. Ces crimes ont lieu à la maison, dans les rues, dans les écoles,… Ils se manifestent de différentes manières allant des violations sexuelles aux pratiques destructives d’abus physiques, des privations de liberté, des humiliations et maltraitances verbales qui ont un impact sur la vie d’autrui. Le centre Seruka dénombre à elle seule, en moyenne, 1500 cas de violences sexuelles par an. Notons que la prévalence de ces violences est très difficile à estimer du fait de sa nature insidieuse et du silence des victimes. On ne connaît que le nombre d’individus qui rapportent des faits de VSBG, pas le nombre total d’individus touchés.

Selon Ban Ki-Moon, l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, les Violences Sexuelles Basées sur le Genre constituent un problème universel et sûrement une des formes les plus répandues de violation des droits humains dans le monde. Au Burundi, les VSBG sont une réalité que personne ne peut nier. Aucun jour ne passe sans entendre un cas de viol ou d’autres formes de violences sexuelles basées sur le genre. 

Sidération !

À chaque fois que j’échange avec les psychologues qui travaillent dans les centres de prise en charge des VSBG, je suis complétement effondrée. Jamais je n’aurais pensé qu’un mari puisse enfoncer des sachets dans le vagin de son épouse. Jamais je n’aurais imaginé qu’un infirmier, en blouse professionnelle de santé la journée, puisse passer une nuit dans un champ avec une fillette de 16 ans. Jamais au grand jamais, je n’aurais imaginé qu’une bonne use de son pouvoir pour violer un petit garçon dont elle devait prendre soin. Un oncle qui abuse de sa nièce, etc. Les cas sont légion. Ce sont là des cas connus, et certains sont traités par des psychologues, à l’intérieur du pays comme à Bujumbura.

Mais d’autres victimes, nombreuses, celles-là, pleurent et crient en silence. Au quotidien, elles arborent un sourire poli, de circonstance pour éviter de révéler l’indicible. Pendant des jours, des mois, des années, elles revivent ces scènes atroces. La plaie toujours béante, elles saignent et meurent à petit feu devant nos yeux qui refusent de voir.

Une loi c’est bien, mais…

Une loi portant prévention, protection des victimes et répression des violences basées sur le genre a été adoptée en septembre 2016. Elle prévient, protège les victimes et punit les coupables. C’est une lueur d’espoir pour la société. Toutefois, cette loi est plus théorique que pratique, car la prise en charge sanitaire, juridique et psychologique, inscrit à la charge du coupable, est soit payée en pot-de-vin ou à la victime pour un arrangement à l’amiable.

Le silence qui pèse sur la famille quant aux viols et les VSBG est lourd, mais aussi destructeur. De peur d’être stigmatisées et d’être la risée du monde (« umwe bafata ku nguvu ») en passant par l’incompréhension de la famille, les victimes préfèrent se taire car, par exemple, mieux vaut avoir un mari qui te maltraite que de divorcer. Elles se taisent car, Niko zubakwa. Les audacieuses qui daignent dénoncer leurs agresseurs sont souvent victimes de discrimination sociale, certaines sont traitées d’ « ibimaramare » à mettre au ban de la société. 

Mais cela doit cesser un jour. Cela doit disparaître. Et pour qu’on y arrive, nous devons d’abord dénoncer. Nous devons aussi réfléchir ensemble sur les solutions. Et nous devons plaider pour le respect des droits, de l’intégrité, de la santé, de l’humanité de nos sœurs, nos mamans, nos épouses. Nous devons ensemble dire : #Ubaha. Et c’est toute la raison de la campagne que nous lançons.

Cet article s’inscrit dans le cadre d’une campagne de communication sur les VSBG, exécutée par une alliance de 19 organisations de la société civile burundaise, dont l’Association Nturengaho,l’ Association Burundaise des Femmes Journalistes (A.F.JO.), l’Association des Femmes Juristes du Burundi, l’Association des Femmes Rapatriées du Burundi, l’Association des Juristes Catholiques du Burundi, l’Association Dushirehamwe, Care International au Burundi, le Collectif des Associations et ONG Féminines du Burundi (CAFOB), le Forum National des Femmes (FNF), l’Initiative Seruka pour les victimes de Viol (I.S.V), la Plateforme des intervenants en psychosocial et Santé Mentale (PPSM), Population Media Center (PMC) Burundi, le Réseau Femmes et Paix (RFP), l’Association de Jeunes Burundais pour le Développement Inclusif AJEBUDI, Burundi Acohol Policy Alliance (BAPA), le Centre Neuropsychiatrique de Kamenge (CNPK), la Coalition des Hommes contre les Violences Faites aux Femmes (CHOVIFE) et le Ministère Paix et Réconciliation Sous la Croix (MIPAREC), Concentration des Collectifs et Associations Féminines des Grands Lacs (COCAFEM/GL); avec le soutien de la Coopération suisse.

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