« À tes dix ans, je vous quitterai ta mère et toi »

« À tes dix ans, je vous quitterai ta mère et toi »

Par Ange Briella Muco le 23 septembre 2020

Quand on parle de violences conjugales, on oublie parfois le poids des mots, ces paroles toxiques qui s’incrustent dans la mémoire du destinataire et qui débouchent sur la destruction de l’autre. Ceci est le témoignage de Fabiola, à travers la plume de la blogueuse Ange Brielle Muco.

Je suis mariée depuis cinq ans et j’ai une fille de quatre ans. J’étais à l’université quand mon mari et moi nous sommes rencontrés. Après quatre ans ensemble, nous nous sommes mariés et avons eu une fille après une année. Notre couple marchait très bien, du moins c’est ce que je pensais. Mon mari est un homme de parole. Depuis notre rencontre, il ne m’a jamais dit de paroles en l’air. Et quand il menace aujourd’hui de nous quitter, ma fille et moi, j’ai peur qu’il passe à l’acte.

Le jour où tout a commencé

J’étais dans notre chambre et rangeais mes affaires. Mon mari était allongé sur le lit, et notre fille est venue en courant dans la chambre. Elle criait : « Papa, maman … ». Je me suis retournée pour la serrer dans mes bras lorsque d’un coup, son père derrière moi lui a dit : «  Quand j’aurai de l’argent, j’irai faire un test ADN pour m’assurer que cette enfant est mienne. ». Je n’en croyais pas mes oreilles! C’était comme si on venait de me poignarder dans le dos. A cet instant, j’ai fait comme si je n’avais rien entendu mais ça m’a fait mal au cœur.

Des mois plus tard, alors qu’on était en public, il a balancé la même phrase. Mon cœur s’est brisé en mille morceaux. J’ai alors su qu’il était vraiment sérieux. Je lui ai demandé pourquoi et il a tout de suite changé de sujet. Je me suis senti humiliée, dévalorisée et dénigrée ce jour-là. Je n’ai pas voulu faire scandale, ni me disputer avec lui devant tout le monde. J’ai donc ravalé ma fierté et me suis tue.

Le compte à rebours

La veille du troisième anniversaire de notre bébé, assise au salon avec ma belle-sœur, mon mari est rentré du travail et il est venu nous rejoindre dans le salon. Ma fille était excitée parce que je lui avais dit que son anniversaire approchait. Alors qu’elle commençait à chanter « Happy birthday to you » dans son langage d’enfant, son père l’a regardée et lui a dit : « A tes dix ans, je te quitterai toi et ta mère et j’irai vivre ailleurs. Tu lui ressembles tellement que je ne vous supporterai pas toute ma vie. »

Heureusement, notre fille n’a pas compris ce que son père disait puisqu’il aime balancer ces mots en français. Mais avec le regard que son père lui lançait, elle a arrêté de chanter et est venue se blottir contre moi.

Je me suis levée lentement, ai pris ma fille, l’ai confié à la bonne avant de m’enfermer dans ma chambre pour pleurer. Je n’ai même pas eu le courage de lui demander pourquoi, car le connaissant, ça aurait provoqué une dispute et avec la présence de sa sœur, c’était la dernière chose que je voulais.

Parfois, ce sont des cris, des reproches, des critiques, des humiliations, de la dévalorisation, des dénigrements ou des menaces qu’il lance à mon égard mais s’adresser à un enfant de trois ans pour lui annoncer une telle chose, cela m’est insupportable. 

Depuis ce jour-là, j’ai commencé à compter les jours. Je ne sais pas s’il va nous quitter comme il l’a dit, mais c’est un traumatisme que je vis au quotidien. Comme mon bébé grandit vite, aujourd’hui j’ai peur de rester dans la même pièce que mon mari quand notre fille est là. De peur qu’il ne me parle comme il a l’habitude de faire et que ma fille comprenne ce qui se dit. Il ne se passe pas un jour qu’un de ces scénarios me passent à la tête et c’est un cauchemar qui ne se termine jamais. Je saigne de l’intérieur.

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